Avril 1992
Lors d'un voyage au Mexique, quel que soit l'itinéraire choisi, il est inévitable de visiter les nombreux sites archéologiques. Avec plus de 10.000 sites accessibles, le visiteur n'a que l'embarras du choix pour découvrir les grandes civilisations méso-américaines qui se sont épanouies avant l'arrivée des Espagnols.
Parmi les centres Aztèques, Zapothèques, Mixtèques, Olmèques, Toltèques ou encore Mayas, le voyageur astronome-amateur, comme professionnel, retiendra sans doute ces derniers. Les connaissances qu'ils avaient des mathématiques et de l'astronomie étaient bien avancées par rapport aux Européens.
Cette civilisation ayant pris son essor vers 1.500 ans avant J.C., s'étendit sur une zone de 650.000 km2, formant le plus important groupe indien existant au Nord du Pérou.
Au Mexique, c'est principalement dans le péninsule du Yucatan que l'on retrouve ses traces sur les sites superbes de Chichèn-Itzà, Uxmal ou Palenque, entre-autres.
Fascinés par le mystère du cosmos et contraints de maîtriser le rythme des saisons pour cultiver le maïs, ils mirent très tôt au point un calendrier extrèmement précis, alliant le culte sacré et la culture du maïs. Un calendrier sacré de 260 jours, combiné avec un autre de 365 jours pour les saisons et un troisième cycle de 584 jours pour Vénus, leur permettaient d'atteindre une précision peu commune dans les calculs astronomiques.
Si, comme nous-mêmes, la division horizontale de l'espace distinguait quatre directions - les quatre points cardinaux - la division verticale comportait treize mondes supérieurs et neuf mondes inférieurs. Ce chiffre 13 pour les mondes supérieurs et donc le cosmos, combiné à leur système de numération vicésimal (base vingt) aboutissait tout naturellement à un cycle sacré de 260 jours.
Les bases de numération n'étaient donc pas 0, 1, 10, 100, 1.000, ..., mais 0, 20, 400, 8.000, 160.000, ..., ce qui permettait d'écrire de très grands nombres avec peu de symboles. Nous verrons ci-après que les grands nombres étaient courants. Un coquillage symbolisait le zéro (déjà inventé par les Mayas), un point désignait le chiffre 1 et une barre, la valeur 5.
Ainsi, pour exprimer par exemple 37.960 jours, à savoir le nombre de jours compris dans 104 années civiles de 365 jours - dont nous verrons la signification plus loin- on représentait :
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4 x 20 x 20 x 20 = |
32.000 |
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14 x 20 x 20 = |
5.600 |
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18 x 20 = |
360 |
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0 = |
0 |
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total : |
37.960 |
Les grands chiffres étaient courants puisque les dates des événements étaient comptées en jours écoulés depuis l'année 3.113 av. J.C.
Mais la notation des dates différait de la notation des nombres pour le troisième degré qui valait 360 au lieu de 400 pour se rapprocher du calendrier solaire. L'unité de premier degré était le jour ou kin, celle de second degré, le mois ou uinal comptant 20 jours. Le tun ou année valait 360 jours auxquels s'ajoutait un court uinal maléfique de 5 jours. Le système vicésimal continuait ensuite avec le katun valant 20 tun et le baktun comptant 20 katun, soit 144.000 jours.
Chacun de ces degrés était représenté par une inscription glyphique montrant le nombre de jours écoulés depuis une date donnée. Ainsi, la stèle E de Quiriguà marque un événement survenu 9 baktun, 17 katun, 0 tun, 0 uinal et 0 kin, soit 1.418.400 jours à compter du 13 Ahau, 18 Cumku de l'an 3.113 avant notre ère : la date indiquée est donc le 24 janvier 771. Avec ce décompte, on comprend l'intérêt du système vicésimal !
Revenons maintenant aux calendriers pour aborder le cycle solaire qui comptait, lui, dix-huit mois de vingt jours, auxquels s'ajoutait un petit mois de cinq jours. Les deux calendriers, rituels de 260 j et solaire de 365 j "tournaient" en même temps et la même configuration revenait tous les 52 ans.
Chacun des 20 jours avait un nom : Imix, Ik, Akbal, Kan, Chicchan, Cimi, Manik, Lamat, Muluc, Oc, Chuen, Eb, Ben, Ix, Men, Cib, Caban, Eznab, Cauac et Ahau. Les 18 mois s'appelaient Pop, Uo, Zip, Zotz, Tzec, Xul, Yaxkin, Mol, Chen, Yax, Zac, Ceh, Mac, Kankin, Muan, Pax, Kayab et Cumhu. Les deux systèmes étant combinés, une date Maya était formée de quatre symboles : quantième du mois rituel et nom du jour, combiné avec le quantième du jour solaire et le nom du mois : par exemple 2 lk 0 pop. Une telle date ne pouvait se retrouver qu'après un cycle de 52 ans !
Et, tous les deux cycles, soit tous les 104 ans, ces calendriers coïncidaient avec une configuration de Vénus dont le cycle synodique est de 584 jours. On comprend là l'étendue de leurs connaissances astronomiques ! La fin d'une période de 104 ans, où se retrouvaient les configurations rituelle, solaire et vénusienne donnait lieu à des fêtes d'un éclat tout particulier.
Les croyances voulaient que la fin du Soleil pouvait survenir à cette occasion et, juste avant cette date fatidique, les Mayas arrêtaient toute activité, détruisaient leurs biens et attendaient leur sort. La fête ne débutait, bien-sûr, que lorsque le Soleil survivait à l'épreuve.